Le cas Martin Piche : l’ennui sur le divan

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Martin souffre d’un étrange mal : un incurable ennui. Après trois ans rythmés par ce désœuvrement, il décide de consulter un psy. Ce dernier aura fort à faire avec Le cas Martin Piche au théâtre Montparnasse. « Vous voyez, Docteur, il n’y a guère que quand je dors que je ne m’ennuie pas, explique le patient. Mais enfin, je dors, donc j’en profite pas beaucoup non plus. » D’étranges symptômes s’ajoutent à sa lassitude : un défaut d’attention, un esprit vagabond et l’absence totale de curiosité. Chaque nouvelle révélation de Martin Piche stimule le spécialiste enchanté par le casse tête qui se présente à lui. L’histoire de son patient atteint d’une maladie nouvelle, plus complexe que la neurasthénie, son diagnostic de départ, le captive.

Les deux personnages évoluent dans le vaste cabinet du psy pourvu de plusieurs étagères fournies en livres, ainsi que d’un bureau et de deux fauteuils, pour les face-à-face. Cet espace classique abrite des échanges quasi surréalistes. Jacques Mougenot signe une comédie décalée au cours de laquelle la discussion passe par différents stades absurdes ou plausibles. L’auteur endosse également à merveille le rôle de Martin Piche, un homme étrange, abattu et parfois désorienté. Il se confronte à Hervé Devolder, metteur en scène et interprète du spécialiste curieux et enjoué. Le public se retrouve, à certains moments, en présence de deux grands enfants : le premier ravi du jeu de piste auquel il se livre et le second difficile à canaliser et désireux de rentrer chez lui. L’ennui omniprésent dans la pièce ne déteint heureusement pas sur les spectateurs amusés par les situations rocambolesques et quelques méthodes incongrues utilisées par le psy.

Le cas Martin Piche est une comédie inhabituelle menée par deux comédiens exceptionnels.

Le cas Martin Piche au théâtre Montparnasse (14e).
Du 26 avril au 2 juillet 2017.
Du mardi au samedi à 19h et les dimanches à 17h.

Prix Beaumarchais du Figaro : un palmarès varié

La 5ème édition de la remise des prix Beaumarchais s’est déroulée ce lundi 12 juin 2017 dans les locaux du Figaro. Le jury et les internautes ont établi un double palmarès dans cinq catégories. Cette dichotomie engendre une liste variée de lauréats dont certains avaient déjà été plébiscités lors de la cérémonie des Molières : Emmanuel Noblet (Réparer les vivants), Alexis Michalik (Edmond) et Anna Cervinka (Vania (d’après Oncle Vania) et Bajazet). Grande absente des nominations fin mai aux Folies Bergères, Ariane Mnouchkine remporte, elle, le prix Beaumarchais du meilleur spectacle pour Une Chambre en Inde. Cette seconde fête du théâtre a récompensé un assez large panel des pièces présentée cette saison.

Meilleur spectacle
Bigre
Une Chambre en Inde (choix du jury du Figaro)
Duc de Gothland
Edmond
La Garçonnière
Réparer les vivants (choix des internautes)
La résistible ascension d’Arturo Ui
Vient de paraître

Meilleur comédien
Jean-Pierre Bacri dans Les femmes savantes
Stéphane De Groodt dans Tout ce que vous voulez
Régis Laspalès dans À droite à gauche
Laurent Stocker dans Vania (d’après Oncle Vania) et La résistible ascension d’Arturo Ui (choix du jury du Figaro)
Guillaume de Tonquédec dans La Garçonnière (choix des internautes)

Meilleure comédienne
Léa Drucker dans Un air de famille et Cuisine et dépendance
Elsa Lepoivre dans Les Damnés et Lucrèce Borgia
Bulle Ogier dans Un amour impossible
Cristiana Reali dans M’man (choix du jury du Figaro)
Karin Viard dans Vera (choix des internautes)

Meilleur auteur
Jean-Marie Besset pour Jean Moulin
Ivan Calbérac pour Venise n’est pas en Italie
Fabrice Melquiot pour M’man et Alice at autres merveilles
Alexis Michalik pour Edmond et Intra Muros (choix des internautes)
Pierre Notte pour L’histoire d’une femme et Ma folle otarie (choix du jury du Figaro)

Chérubin
Anna Cervinka dans Vania (d’après Oncle Vania) et Bajazet (choix des internautes)
Sebastian Galeota dans Renata et Evita
Brice Hillairet dans C’est Noêl tant pis et Ma folle otarie
Matila Malliarakis dans Anquetil tout seul (choix du jury du Figaro)
Thomas Quillardet pour la mise en scène de Où les cœurs s’éprennent

La résistible ascension d’Arturo Ui : un gang of Chicago

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La prolifération du crime organisé à Chicago et la montée du nazisme en Europe se répondent à la salle Richelieu dans La résistible ascension d’Arturo Ui. Le personnage éponyme (Adolf Hitler) et sa bande de gangsters veulent s’immiscer dans le trust du chou-fleur. C’est chose faite lorsqu’ils découvrent la corruption d’Hindsborough (Paul von Hindenbourg), le maire de la cité. Débute alors un racket auprès des marchands qui rétribuent chèrement Ui et sa bande pour leur protection contre de prétendues violences. S’ensuivent des entrepôts brûlés (l’incendie du Reichstag), une parodie de procès qui condamne Fish (Marinus van der Lubbe), l’assassinat d’Ignace Dollfoot (Engelbert Dollfuss) et la prise de Cicero (l’Anchluss). Bonimenteur grimé en clown haut en couleurs, Bakary Sangaré introduit la farce de Bertolt Brecht. Parfait conteur, il clora également le récit chronologique de l’accession au pouvoir d’Arturo Ui/Adolf Hitler.

La scénographie sombre et imaginative d’Ezio Toffolutti offre une grande ampleur à la mise en scène de Katharina Thalbach. La troupe progresse sur un sol incliné qui recouvre la scène et sur lequel se dessinent les rues de Chicago, tandis que certains jaillissent de l’une des trappes. Thierry Hancisse et Julien Frison, eux, jouent les acrobates sur la gigantesque toile d’araignée tissée à l’emplacement du rideau. Dans les rôles d’Ernesto Roma (Ernst Röhm) et du jeune Inna, ils composent de parfaits hommes de mains aux allures de cowboys.

Outre les costumes variés de l’époque de la prohibition aux États-Unis, les comédiens arborent des visages enduits de peinture blanche enrichie d’épais coups de pinceau noirs qui marquent les expressions faciales. Méconnaissable, Laurent Stocker campe le machiavélique Arturo Ui. Pantin hybride entre Al Capone et Adolf Hitler, il s’avère terriblement risible lorsqu’il trépigne, exige ou prend des leçons de prestance. Michel Vuillermoz interprète son professeur, un exubérant comédien savoureusement comique. Pin-up blonde aux poses suggestives ou épouse timorée, Florence Viala minaude sous les traits de Dockdaisy, puis se désole dans la peau de Betty Dollfoot. Chapeaux melons et cannes, Éric Génovèse, Jérôme Pouly et Elliot Jenicot forment un trio de grands pontes du trust du chou-fleur qui rappellent les Dupond et Dupont. La troupe démontre son endurance avec des prestations sportives qui servent un texte engagé demandant une attentive concentration. La pièce de Bertolt Brecht fait une entrée remarquée au répertoire de la Comédie-Française.

La résistible ascension d’Arturo Ui est une farce sombre et burlesque.

La résistible ascension d’Arturo Ui à la Comédie-Française (1er).
Du 1er avril au 30 juin 2017.

Ça coule de source : héritage et convivialité

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Esther, Paul, Comlan, Aïcha et Jade se rencontrent à l’occasion du décès de Charles. Leurs origines divergent et leurs interrogations convergent vers le testament putatif du défunt. Qu’adviendra t-il de sa fortune et surtout de son grand appartement ? Louis Michel Colla tisse le canevas de Ça coule de source autour de cette question. Il signe une comédie légère dans laquelle se côtoient quelques poncifs, d’exquise parodie ou reprise de chansons, des tonnes de bienveillance et un soupçon d’absurde. Sous la direction de Marion Sarraut, le fil de l’intrigue se déroule fluidement. Parsemée de rebondissements, cette réunion multiculturelle inopinée sonne comme une hilarante fable dont la morale prône le vivre ensemble. La coalition multiethnique s’inscrit déjà dans le décor de Pauline Gallot. Le classique salon cossu décoré de statuettes africaines affiche des touches modernes avec ses pans de murs blancs imitant des pages de coloriage.

Cinq personnages « nés quelque part », comme le chantait Maxime Le Forestier, cohabitent sur la scène du théâtre de la Gaité-Montparnasse. Ils ne partagent ni le même sang, ni la même confession, ni la même couleur de peau. Plutôt attachants et déjantés, les protagonistes disposent à l’instar des sept nains ou des Schtroumpfs d’un trait de caractère prédominant. Xavier Simonin campe le héros de l’histoire qui use du comique de répétition à vau-l’eau. Marie Montoya exagère, avec délectation, le manque de simplicité de la bourgeoise maniérée un peu cruche sur les bords. Hervé Dipari, lui, est l’intellectuel de la bande à l’âme vengeresse. Enfin, Ana Pievic conjugue fort tempérament et coeur tendre, tandis que Leanna Chea séduit en gentille poupée. Les comédiens débordent d’énergie et entrainent le public avec eux dans cette pièce qui rassemble brillamment plusieurs cultures grâce à l’auto-dérision de chaque personnage.

Ça coule de source est une comédie revigorante idéale pour la saison estivale.

Ça coule de source au théâtre de la Gaîté Montparnasse (14e).
Du 13 mai au 3 septembre 2017.
Du mardi au samedi à 21h et les dimanches à 15h.

Molières 2017 : Alexis Michalik et la Comédie-Française à l’honneur

Ce lundi 29 mai 2017, le théâtre des Folies Bergère abritait la 29ème nuit des Molières animée par Nicolas Bedos. Le texte du maître de cérémonie alternait entre allusion à la politique et taquineries à l’encontre d’Alexis Michalik qui avait raflé de nombreux prix pour ses deux pièces précédentes. Cette année, encore, il décroche les Molières du spectacle de théâtre privé, de l’auteur francophone vivant et du metteur en scène d’un spectacle de théâtre privé, pour Edmond. Pierre Forest et Guillaume Sentou remportent également les Molières du comédien dans un second rôle et celui de la révélation masculine pour leurs rôles dans cette pièce.

Côté public, la Comédie-Française, souvent oublié de la soirée, revient en force avec Les Damnés, récompensé par le Molière du spectacle de théâtre public, celui de la création visuelle et celui de la comédienne dans un spectacle de théâtre public, pour Elsa Lepoivre. Anna Cervinka est, quant à elle, sacrée révélation féminine, pour Les Enfants du silence et Vania (d’après Oncle Vania). Le Molière du comédien dans un spectacle de théâtre public a été attribué à Philippe Caubère, pour Le Bac 68 et celui du metteur en scène à James Thierrée, pour La grenouille avait raison.

Face au raz-de-marée Edmond, certains rentrent bredouilles, comme La Garçonnière, malgré ses six nominations. Les femmes savantes décroche, tout de même, deux statuettes : celle du comédien dans un spectacle de théâtre privé, pour Jean-Pierre Bacri et celle de la comédienne dans un second rôle, pour Evelyne Buyle. Catherine Arditi remporte, elle, le prix de la comédienne dans un spectacle de théâtre privé, pour Ensemble.

Enfin, sept fois nommée et jamais récompensée pour son travail sur les planches, Isabelle Huppert reçoit, aujourd’hui un Molière d’honneur, pour l’ensemble de sa carrière.

Palmarès de la 29 nuit des Molières

Molière du spectacle de théâtre privé
(remis par Daniel Benoin et Jean-Marc Dumontet)
Bigre
Edmond
La Garçonnière
Les femmes savantes

Molière du spectacle de théâtre public
(remis par Daniel Benoin et Jean-Marc Dumontet)
Karamazov
La grenouille avait raison
Les Damnés
Les Enfants du silence

Molière de la comédie
(remis par Thomas Jolly et Jonathan Lambert)
Bigre
Edmond
La Garçonnière
Silence, on tourne !

Molière du spectacle musical
(remis par Camélia Jordana et Pascal Sangla)
Ivo Livi ou le destin d’Yves Montand
Les Sea Girls
Oliver Twist, le musical
Traviata

Molière de l’humour
(remis par Manu Payet)
Dany Boon dans Dany de Boon des Hauts de France
François-Xavier Demaison
Gaspard Proust
Vincent Dedienne dans S’il se passe quelque chose…

Molière du jeune public
(remis par Ciara et Vladimir)
Dormir 100 ans
L’après-midi d’un foehn
Le Bossu de Notre-Dame
Les fourberies de Scapin

Molière du seul(e) en scène
(remis par Blanche Gardin et Gaël Kamilindi)
Clémence Massart dans L’asticot de Shakespeare
Camille Chamoux dans L’esprit de contradiction
Emmanuel Noblet dans Réparer les vivants
Thomas Solivères dans Venise n’est pas en Italie

Molière du comédien dans un spectacle de théâtre privé
(remis par Isabelle Carré et Jérôme Kircher)
Pierre Arditi dans Le cas Sneijder
Jean-Pierre Bacri dans Les femmes savantes
Jean-Pierre Bouvier dans La version Browning
Guillaume de Tonquédec dans La Garçonnière

Molière du comédien dans un spectacle de théâtre public
(remis par Ludmila Mikaël et Jean-Pierre Darroussin)
Patrick Catalifo dans Timon d’Athènes
Philippe Caubère dans Le Bac 68
Laurent Natrella dans Les Enfants du silence
Denis Podalydès dans Les Damnés

Molière de la comédienne dans un spectacle de théâtre privé
(remis par Pierre Arditi et François Berléand)
Béatrice Agenin dans La Louve
Catherine Arditi dans Ensemble
Clémentine Célarié dans Darius
Cristiana Reali dans M’man

Molière de la comédienne dans un spectacle de théâtre public
(remis par Catherine Hiegel et Léonie Simaga)
Romane Bohringer dans La cantatrice chauve
Isabelle Carré dans Honneur à Notre Élue
Françoise Gillard dans Les Enfants du silence
Elsa Lepoivre dans Les Damnés

Molière du comédien dans un second rôle
(remis par Regis Laspalès et Bruno Salomone)
Jean-Paul Bordes dans Vient de paraître
Jacques Fontanel dans La Garçonnière
Pierre Forest dans Edmond
Gilles Privat dans Le Temps et la Chambre
Patrick Raynal dans La Louve
Didier Sandre dans Les Damnés

Molière de la comédienne dans un second rôle
(remis par Charles Berling)
Evelyne Buyle dans Les femmes savantes
Ludivine de Chastenet dans Politiquement correct
Anne Loiret dans Avant de s’envoler
Josiane Stoléru, dans Bella figura
Dominique Valadié dans Le Temps et la Chambre
Florence Viala dans Le Petit-Maître corrigé

Molière de la révélation masculine
(remis par Camille Chamoux et Camille Cottin)
Fabio Marra dans Ensemble
Christophe Montenez dans Les Damnés
Matthieu Sampeur dans La Mouette
Guillaume Sentou dans Edmond

Molière de la révélation féminine
(remis par Camille Chamoux et Camille Cottin)
Anna Cervinka dans Les Enfants du silence et Vania (d’après Oncle Vania)
Hélène Degy dans La peur
Delphine Depardieu dans Le Dernier Baiser de Mozart
Mélodie Richard dans La Mouette

Molière de l’auteur francophone vivant
(remis par Jeanne Arènes)
Nasser Djemaï pour Vertiges
Salomé Lelouch pour Politiquement correct
Alexis Michalik pour Edmond
Marie Ndiaye pour Honneur à Notre Élue
Pierre Notte pour C’est Noël tant pis
Gérard Watkins pour Scènes de violences conjugales

Molière du metteur en scène d’un spectacle de théâtre privé
(remis par Catherine Jacob et Nicolas Briaçon)
Pierre Guillois pour Bigre
Catherine Hiegel pour Les femmes savantes
Alexis Michalik, pour Edmond
José Paul pour La Garçonnière

Molière du metteur en scène d’un spectacle de théâtre public
(remis par Elsa Lepoivre et Laurent Natrella)
Jean Bellorini pour Karamazov
Julien Gosselin pour 2666
James Thierrée pour La grenouille avait raison
Ivo van Hove pour Les Damnés

Molière de la création visuelle
(remis par Emmanuelle Devos)
Edmond, Juliette Azzopardi, Arnaud Jung et Marion Rebmann
La Garçonnière, Laurent Béal, Brigitte Faur-Perdigou et Édouard Laug
La grenouille avait raison, Pascaline Chavanne, Alex Hardellet et James Thierrée
Les Damnés, An D’Huys, Jan Versweyveld et Tal Yarden

Molière d’honneur
(remis par Ivo van Hove)
Isabelle Huppert